Rouge des prés : une histoire de cœur

    Reconnaissable à sa tache en forme de coeur sur le front, la Rouge des prés est née il y a plus de cent ans au Domaine des Rues, à Chenillé-Changé. Entièrement restauré, le site sert aujourd’hui à promouvoir cette vache typique de l’Anjou.

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      Fin xixe siècle, au concours d’animaux gras de Poissy, l’ancêtre du Concours général agricole de Paris, la Maine-Anjou fait une entrée remarquée. Issue du croisement entre des taureaux anglais, les Durham, et la race locale Mancelle, cette nouvelle venue se distingue par sa précocité et ses aptitudes à s’engraisser. Elle est le fruit du travail de sélection mené par Olivier de Rougé, installé au Domaine des Rues, à Chenillé-Changé. Quelques années plus tard, la naissance de la race est officialisée. Le 9 janvier 1908, il fonde avec 77 autres propriétaires la société des éleveurs de Maine-Anjou. Cette vache rustique s’étend rapidement et s’exporte dans divers pays : Allemagne, États-Unis, Canada, Australie…

      Une vache grand format

      À partir des années 1950, la filière est déstabilisée par les mutations de l’agriculture. La race décline jusqu’à sa renaissance, en 2004, avec l’obtention de l’Appellation d’origine protégée (AOP) Maine-Anjou qui met en avant les qualités gustatives de sa viande tendre et persillée. Rebaptisée Rouge des prés, elle reste depuis principalement attachée à son terroir : 90 % du cheptel est basé dans les Pays de la Loire et les alentours. « Animal rouge foncé avec des chaussettes blanches et une tache en forme de coeur sur le front », comme la présentent les éleveurs, la Rouge des prés tire son nom de sa couleur et de la prédominance de l’herbe dans son alimentation. Vache docile, elle se distingue par son grand format. L’an dernier, au Salon de l’agriculture, le taureau Fêtard s’adjugeait le record mondial, avec un poids de 1 950 kg !

      Berceau historique

      Rénové en 2004 avec l’aide du Département, le Domaine des Rues regroupe aujourd’hui les différentes instances qui veillent sur l’avenir de la race. La Sica (Société d’intérêt collectif agricole) y oeuvre pour l’amélioration de la race. 80 taureaux sont élevés chaque année pour la monte naturelle ou l’insémination. « Ce travail de sélection est essentiel, explique Ghislain Aminot, technicien de la Sica. Il a notamment permis d’améliorer et de faciliter les vêlages. » Berceau historique de la race, l’ancienne ferme modèle du xixe siècle sert aujourd’hui également de vitrine pour promouvoir l’AOP Maine-Anjou. Toujours en quête de débouchés, les éleveurs se sont récemment alliés pour relancer la vente directe, proposée aujourd’hui dans une dizaine d’exploitations et sur le domaine. Loué pour des événements aux particuliers ou aux professionnels, il est ouvert à la visite toute l’année, avec possibilité de dégustation pour les gourmands.

      Horaires et ventes

      Ouverture : Visite guidée sur réservation pour les groupes toute l’année avec possibilité de dégustation ; visite libre et gratuite à partir du 1er avril du mardi au jeudi.

      Vente directe sur le domaine et dans une dizaine d’exploitations. Liste disponible sur www.viandemaineanjou.com

      Abbaye royale de Fontevraud

      « Le salon, un rendez-vous indispensable pour la filière »

      Éleveur à Châtelais au Gaec de La Chauffetière et président du syndicat Rouge des prés, Christian Douet sera présent pour promouvoir la race au Salon international de l’agriculture, du 25 février au 5 mars, à Paris.

      Que représente pour les éleveurs le Salon international de l’agriculture ?
      Christian Douet :
      « J’y vais depuis plus de 25 ans. L’ambiance est très conviviale avec le public, mais aussi entre éleveurs. C’est une des rares occasions de nous retrouver. On vit ensemble durant dix jours, cela crée des liens. Le Salon a beaucoup évolué. Il n’est plus seulement un lieu de vente de reproducteurs, c’est un rendez-vous indispensable pour la promotion de la filière : on peut rencontrer les grandes surfaces, les distributeurs, les restaurateurs... »

      Participez-vous au concours ?
      C. D. :
      « Oui, mais je n’y vais pas pour gagner à tout prix. C’est surtout important d’être présent pour faire connaître la race. C’est une vache facile à élever, qui produit une viande de haute qualité. Avec mon associé Patrice Guillet, nous avons 65 vaches allaitantes en AOP Maine-Anjou. Notre élevage de Rouge des prés existe depuis quatre générations. C’est l’un des plus anciens du département. »