Denis Mukwege, sa vie pour elles

Denis Mukwege
© Bertrand Bechard

Depuis 20 ans, le médecin congolais est « l’homme qui répare les femmes ».
Formé en gynécologie à Angers, Denis Mukwege est un combattant infatigable de la lutte contre les violences qui leur sont faites.

24 octobre 1984. Titulaire d’une bourse, à 30 ans à peine, un jeune étudiant congolais fraîchement débarqué à l’aéroport Charles-de-Gaulle rejoint les bords de Maine, « saisi par le froid. Comment vais-je m’en sortir ? » 23 janvier 2018. Drapé dans une toge noire et groseille, un homme à la stature
autant imposante que rassurante s’avance dans les couloirs de la faculté de droit : dans quelques instants, il sera fait doctor honoris causa de l’Université d’Angers.
Entre ces deux instantanés, plus de 30 ans d’écart, qui ont façonné la trajectoire de Denis Mukwege. L’étudiant transi a laissé place à « l’homme qui répare les femmes ». Gynécologue-obstétricien de renom, le médecin et pasteur congolais a fait de son métier un sacerdoce, en même temps qu’un rempart à la violence du monde. Au sein de l’hôpital de Panzi, qu’il a fondé en 1999 dans la ville de Bukavu, à l’extrême est de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege et ses équipes soignent, en dépit des menaces, les femmes mutilées et excisées.

Mobiliser la communauté internationale

S’il a mis en pratique les compétences acquises cinq ans durant à la faculté de médecine d’Angers, le chirurgien a depuis longtemps dépassé le champ médical pour camper un militant des droits humains à l’audience internationale.
Son combat : la reconnaissance du viol comme arme de guerre. « Le premier obstacle à cela, c’est qu’on ne sent pas dans la communauté internationale que cet état de fait crée la même indignation que l’usage des armes chimiques, avance-t-il. De multiples exemples montrent pourtant à quel point le viol est une stratégie de destruction massive : la fin de la filiation, le nettoyage ethnique, ça n’est pas rien. »
Ce discours, Denis Mukwege le répète inlassablement, de sa voix grave et posée, aux tribunes du monde entier. Sur le site Internet de l’hôpital de Panzi, des photos le montrent en compagnie d’Hillary Clinton, de l’ancien secrétaire général de l’ONU Ban-Ki Moon ou de personnalités culturelles comme Charlize Theron. Il n’en retire aucune gloire personnelle, mais sait l’importance d’être visible. À Angers ou ailleurs.
« Cette distinction de doctor honoris causa est très émouvante, parce qu’ici, c’est mon université, et je n’aurai imaginé en 1984 un moment comme celui-là : j’ai conservé ici des amitiés très profondes. Et c’est très encourageant pour le combat que nous menons : cette distinction est la traduction que nous ne sommes pas seuls. »

Toute distinction est la traduction que nous
ne sommes pas seuls.

Une réparation pas seulement physique

Reste que la prise de conscience de l’opinion internationale est trop lente « par rapport aux souffrances des victimes que l’on peut voir tous les jours », insiste Denis Mukwege. À la reconstruction physique des corps, le chirurgien et les siens ont ajouté depuis longtemps une dimension psychique et économique : « Il faut une prise en charge psychologique pour ces femmes qui sont souvent exclues ou discriminées, et leur donner une autonomie économique, en valorisant leurs capacités, leur savoir-faire. Mais pour une procédure de guérison totale, on doit faire aussi exercer un état de droit. »
Citoyen congolais engagé, militant des droits humains, Denis Mukwege est aujourd’hui une voix qui compte dans le monde. Plus simplement, « ça vous grandit d’être à son contact », conclut l’un de ses anciens professeurs angevins.

50 000, c’est le nombre de femmes mutilées ou excisées soignées par le docteur Mukwege et ses équipes depuis 1999.

L'association France-Kiwu

Basée à Avrillée, l'association France-Kivu apporte depuis de nombreuses années son soutien aux actions de Denis Mukwege. Elle accompagne notamment les stagiaires de l'hôpital de Panzi, fondé par le docteur congolais, lorsqu'ils viennent passer plusieurs mois de perfectionnement en gynécologie, dans le cadre d'un accord passé avec le CHU d'Angers.
Les dons pour financer ces actions peuvent être envoyés à : association France Kivu, c/o Mme Jeanne-Marie Samson, 12 allée Campille-Pissarro, 49240 Avrillé.

Rencontre publiée dans le Maine-et-Loire magazine de mai 2018.

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