Claire Supiot, histoire d'eau

Photo : Bertrand Béchard

Portrait publié dans le Maine&Loire magazine de mars 2019

La nageuse angevine a représenté la France aux Jeux olympiques de Séoul, en 1988. À 50 ans passés, touchée par la maladie de Charcot-Marie-Tooth, elle ambitionne de faire de même aux Jeux paralympiques de Tokyo, en 2020.

C’est un spectacle que de fréquenter, aux aurores, la piscine Jean-Bouin, à Angers. Bien avant l’heure du travail ou de l’école, les bassins résonnent des battements de bras de dizaines de nageurs et des encouragements de leurs entraîneurs. Parmi cette faune matinale, certains sont jeunes, d’autres moins ; il y des hommes, des femmes, des brassistes, des dossistes et des papillonneurs. Et puis, il y a Claire Supiot « la besogneuse », comme elle aime à se définir. « Je n’ai jamais été bien douée, précise-t-elle d’emblée. C’est le plaisir qui a dirigé mon envie d’aller toujours plus loin. Celui de nager, bien sûr, mais aussi celui de sortir du moule. » Dans les années 1980, les stars de la natation française se nomment Catherine Plewinski ou Stéphane Caron. Au cœur de cette génération en or, Claire Supiot, qui a quitté son Anjou natal pour rejoindre le sport-études de Dinard à l’âge de 13 ans, fait plus que tirer son épingle du jeu. Neuf fois championne de France et recordwoman de France du 200 m papillon, elle atteint ce qu’elle pense alors être son « Graal » en 1988 : « J’ai passé toute la journée derrière le téléphone à attendre la confirmation de ma sélection. Je ne pouvais pas passer à côté des Jeux olympiques de Séoul : je savais que c’était une chance unique. »

La maladie, puis le ressort

Retraitée des bassins à 20 ans, au lendemain du rêve olympique, Claire Supiot prend enfin « le temps de s’amuser, j’avais fait un choix entre l’adolescence et le sport, il fallait passer à autre chose ». Une vie pas tout à fait en dehors des bassins : la championne, devenue francilienne, passe son brevet d’État de natation, se met au triathlon, puis devient maman trois fois. De retour en Anjou, à Juigné-sur-Loire, au tout début des années 2000, son destin se noue en 2008, au lendemain d’une chute en bord de bassin… et d’un diagnostic redouté : comme son oncle ou son père, Claire Supiot est atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, une maladie neurologique héréditaire.

C’est le plaisir qui a dirigé mon envie d’aller toujours plus loin. Celui de nager, bien sûr, mais aussi celui de sortir du moule.

Si elle n’entame pas l’espérance de vie, elle entraîne, entre autres, des faiblesses musculaires et une diminution de la sensibilité. Le coup est rude, mais, soutenue par son premier cercle, Claire Supiot reprend pied, se remet au sport en 2014 avec l’aquagym. « Le chlore, les appuis… je me suis très vite rappelé que l’eau était l’élément dans lequel j’étais le mieux. »

Résilience

La suite est histoire de nature et de défi. Entraîneur, nutritionniste, ostéo, kiné, directeur sportif, préparateur mental… Le projet « Claire Supiot » prend forme et vise une qualification aux Jeux paralympiques de Tokyo, en 2020. « Je veux être la première nageuse à avoir fait les Jeux olympiques et paralympiques dans la même discipline », résume-t-elle en ces premiers jours de 2019, quelques jours avant son envol aux antipodes, pour un stage de trois semaines avec l’équipe de France de natation. La championne donne tout, avec une seule limite : « On ne touche pas à l’intégrité physique. »

Le jeu en vaut la chandelle : le jour de ses 50 ans, 30 ans après sa participation au JO de Séoul, l’Angevine – qui aime représenter sa terre de coeur dans les bassins du monde entier – dispute sa première compétition internationale handisport, à Sheffield (Grande-Bretagne). « Quand j’ai reçu mon équipement, avec mon nom sur le bonnet, j’étais comme une gamine », rigole la doyenne de l’équipe de France handisport. Championne d’Europe l’été dernier à Dublin, elle est sacrée championne de France toutes catégories en décembre 2018.

Concentrée sur son objectif, Claire Supiot est aussi un symbole de réussite dans l’acceptation de sa maladie : « Je lutte plus contre mon âge que contre le handicap ! »

6 h 30 : Cinq jours sur sept, c’est l’heure à laquelle Claire Supiot commence ses entraînements avec son club d’Angers Natation.

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