Henri Borlant, passeur de mémoire

© Bertrand Bechard

Arrêté par les Allemands, en juillet 1942, à Saint-Lambert-du-Lattay où sa famille avait trouvé refuge, il fut le seul survivant des 6 000 enfants juifs de France déportés à Auschwitz cette année-là.

« Vous voyez cette photo, elle a été prise quelques jours avant notre arrestation », indique Henri Borlant en pointant du doigt la couverture de son livre Merci d’avoir survécu. Sur ce cliché de l’été 1942, le soleil illumine le visage du jeune Henri, 15 ans, souriant entre ses soeurs Denise et Raymonde. « Nous étions heureux », dit-il simplement. Ses parents juifs non pratiquants, ses huit frères et soeurs et lui étaient arrivés trois ans plus tôt en Maine-et-Loire. « À la fin du mois d’août 1939, face à l’imminence de la guerre, les autorités ont fait évacuer certains quartiers de Paris. Nous avons dû quitter le XIIIe arrondissement pour l’Anjou. Nous étions les premiers réfugiés à Saint-Lambert-du-Lattay, où un élan de solidarité s’est mis en place pour nous accueillir. Nous découvrions les joies de la campagne, les vendanges. On ne souffrait pas de la guerre. On avait des copains, ça se passait bien à l’école. On ne pouvait pas imaginer ce qui allait se produire… »

Survivre pour témoigner

Le 15 juillet 1942, sa mère, son frère Bernard, sa sœur Denise et lui sont arrêtés par des soldats allemands. « Ils avaient une liste et embarquaient tous ceux qui avaient entre 15 et 50 ans », raconte-t-il. Deux jours plus tard, sa mère est libérée et remplacée par son père. Sans explications.

Notre extermination était planifiée, programmée.
Nous savions que nous vivions nos derniers instants.

Entassés dans des wagons à bestiaux comme 824 autres personnes, les quatre membres de la famille Borlant font partie du sinistre convoi n°8 qui quitte la gare Saint-Laud d’Angers le 20 juillet, direction Auschwitz. Son père, son frère, et sa soeur ne survivront pas à l’enfer des camps. « Notre extermination était planifiée, programmée, écrit-il dans son livre. Nous savions que nous vivions
nos derniers instants. L’espoir que tout cela soit connu un jour alimentait notre volonté de survivre
. »
Après trois ans de captivité, il s’évade la veille de l’arrivée des Américains. De retour en France, il retrouve à Paris les autres membres de sa famille, reprend l’école, devient médecin et épouse Hella, une jeune Allemande. Ce n’est véritablement qu’à partir des années 1990 qu’il commence à raconter ce qu’il a vécu. « On nous posait peu de questions. On ne peut pas reprocher aux gens de ne pas être curieux de ce qu’ils ignorent. Il a fallu des événements internationaux comme le procès d’Eichmann ou la sortie de grands films comme Shoah et la série américaine Holocauste pour que les gens sachent et aient envie d’en savoir plus. »


Depuis, il n’a jamais cessé de témoigner en France et à travers le monde, face à la caméra ou devant de nombreux publics : collégiens, étudiants, enseignants, prisonniers…
« Nous, les survivants, nous avons gagné. On n’oubliera pas ce qui s’est passé, conclut-il. Mais ce n’est pas fini, il y a aujourd’hui encore des massacres ailleurs dans le monde. La Shoah n’a pas vacciné le monde. »

« Merci d’avoir survécu ». C’est le message adressé par un jeune de 15 ans à Henri Borlant après avoir écouté le récit de sa déportation. C’est devenu le titre de son livre bouleversant paru en 2011 aux éditions du Seuil.

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