Philippe Méaille à pied d'œuvre

Collectionneur et passionné par l’art conceptuel, Philippe Méaille écrit une nouvelle page de l’histoire du château de Montsoreau. Portrait d’une personnalité peu connue, immergée très jeune dans l’univers artistique.

© Coralie Pilard

Hôtel Maillard, un logis renaissance entièrement rénové et inscrit au titre des Monuments Historiques.
C’est ici, dans le vieux bourg de Baugé-en-Anjou, que Philippe Méaille a construit son univers intime, entre vieilles pierres, décor minimaliste et mobilier éclectique. À des années-lumière, ou presque, de
l’environnement dans lequel il a grandi. « Je suis né dans la caverne d’Ali Baba, dit-il en souriant. Les murs blancs n’existaient pas chez mes parents. Un centimètre carré libre, ce n’était pas normal. Mon père était quelqu’un de très cultivé, collectionneur, animé par une curiosité incessante. »
Sa première expérience artistique surgit dans ce capharnaüm savant. Un souvenir indélébile : « Je me
rappelle avoir vu un ange et une lumière miraculeuse sur un tableau monumental recouvert d’un drap blanc, conservé derrière une armoire
. »
Le bac en poche, étudiant en pharmacie, il emménage à Paris. « À ma demande, mon père me donne ce tableau de deux mètres sur trois, surpris que je m’y intéresse. C’est une copie d’atelier d’une œuvre
de Rubens, qui représente saint Georges terrassant le dragon
. »

L’art n’est pas le fait d’une élite, il peut se partager
en donnant les clés.


Son père lui lègue aussi tout un ensemble de mobiliers et de tableaux. « Mais mon histoire était ailleurs, j’ai décidé de m’intéresser à des artistes vivants, de vendre pour acheter du nouveau. »
Il se passionne pour l’art vidéo, puis pour l’art minimal conceptuel à travers l’aventure de la dématérialisation de l’objet d’art, théorisée par Lucy Lippard dans les années 1960. « Un ami me présente alors Art&Language, à qui le Jeu de Paume venait de consacrer une exposition à Paris. »

Montsoreau, une évidence

Ce fut une révélation. Profitant d’un marché de l’art plutôt atone au milieu des années 1990, Philippe Méaille achète différentes œuvres d’art de ce mouvement. Un jour, il acquiert un manuscrit de ce collectif. « J’étais en train de le lire chez moi, quand j’ai découvert, dissimulé à l’intérieur, un document dans lequel un des artistes du groupe évoque les vertus décoratives de l’art. Pour illustrer ses propos, il crée deux triptyques, dont l’un avec une œuvre de Corot, une de Rothko et au milieu… le tableau de Rubens que j’avais dans le dos. Comment était-ce
possible ? Quelle coïncidence ! » En se renseignant, il apprend que l’original est dans la collection de la
reine d’Angleterre, exposé à Buckingham Palace. Comme une évidence, le tableau et le manuscrit
figureront en bonne place parmi toutes les œuvres présentées au château de Montsoreau, nouvel écrin de sa collection.
« J’ai toujours pensé que ce lieu était un outil extraordinaire pour un musée : les pièces ne sont ni trop grandes, ni trop petites, les plafonds suffisamment hauts, le jeu de la lumière naturelle très intéressant, précise-t-il. Nous avons 25 ans devant nous, mais il faut convaincre dès le départ. »

Une nouvelle ère pour Montsoreau

Seul château de la Loire édifié dans le lit du fleuve royal, Montsoreau a inspiré les artistes tout au long de son histoire. Alexandre Dumas l’a immortalisé dans son roman La Dame de Monsoreau. Depuis le 1er janvier 2016, cette propriété du Département de Maine-et-Loire a été mise à disposition du collectionneur d’art Philippe Méaille, dans le cadre d’un bail emphytéotique de 25 ans. Ce dernier en a fait un centre d'art contemporain et l’écrin de sa collection dédiée au groupe Art&Language.

Ils font rayonner l'Anjou

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