Michel Ocelot, conteur animé

© Yohan Bonnet

Grand nom du cinéma d’animation, le « papa » de Kirikou a passé à Angers toute son adolescence. Il entretient aujourd’hui avec l’Anjou un rapport apaisé et bienveillant.

A-t-on pleinement réalisé le pouvoir des conteurs ? « Je n’ai jamais fait de film pour les enfants, c’est ce que l’on en dit, mais les adultes qui ne se méfient pas, je les fais pleurer », glisse Michel Ocelot. À 75 ans, le réalisateur d’« Azur et Asmar », de « Princes et Princesses » ou du très récent « Dilili à Paris » est une figure tutélaire du cinéma d’animation à la française. Parce qu’il y a eu un avant et un après
« Kirikou et la sorcière », sorti sur les écrans en 1998. « Je n’avais pas prévu la nature de ce succès. Vingt ans après, le public m’en parle encore. C’est lui qui m’a poussé à réaliser deux suites ! » Kirikou, dont les festivaliers de Premiers plans avaient eu la primeur, à Angers. « C’est Manu di Bango qui avait fait la lecture du scénario, le public était conquis, se souvient Michel Ocelot. Mais, lors de la distribution des prix, Kirikou n’y figurait pas. On m’a répondu que l’animation ne pouvait pas y prétendre. Ahurissant ! »

Le temps lointain de l’émigré hostile

De l’eau a coulé sous les ponts depuis, le cinéma d’animation a désormais sa place dans la  programmation de l’événement culturel angevin. Mais cette anecdote résume bien le rapport contrarié de l’artiste à l’Anjou. Né sur la Côte d’Azur, puis nourri aux chaleurs de Guinée, Michel Ocelot débarque
à Angers à 11 ans, dans le sillage de ses parents enseignants. « Je n’avais connu jusqu’alors que le soleil en toute saison. Tout à coup, c’était gris et mouillé : j’ai ressenti physiquement l’absence de ciel bleu et d’ombres portées ». Le tout jeune adolescent est marqué. « J’étais le garçon le plus innocent
de Maine-et-Loire, je n’avais pas les codes pour le collège et le lycée, nous étions dans les années 1960 et je n’ai pas eu une journée de plaisir durant cette période.
»

Je mets mes tripes et le temps qu’il faut dans mes films.

Le constat n’est pas définitif. « Lorsque j’ai quitté Angers, après l’école des Beaux-Arts, pour rejoindre Paris, j’étais un émigré hostile. Jusqu’au jour, où discutant avec un ami angevin de ces émigrés imbéciles qui crachent sur leur pays d’accueil, il m’a dit : “ Tu es en train de faire ton portrait quand tu avais 15 ans ”. Les écailles me sont tombées des yeux. Quelle honte et quel regret ! »

Une reconnaissance tardive

S’ouvre alors un conte de fées ? Ce serait exagéré, mais l’Anjou trouve grâce aux yeux de Michel Ocelot. Et les souvenirs affluent : « les domaines et les châteaux extraordinaires, le Festival d’Anjou dans l’enceinte du château d’Angers ». S’y ajoutent les siestes dans la maison de campagne de Brissarthe ou les séjours à l’abbaye de Fontevraud : « C’est délicieux d’y dormir et de rendre visite au petit matin aux gisants des Plantagenêt. »

Il y a dans la voix de Michel Ocelot une douce assurance, celle d’un homme qui a dû attendre 50 ans passés pour connaître un réel succès populaire. Le début des années 1980 lui avait offert un début de reconnaissance, avec un César du meilleur court-métrage, mais c’est Kirikou qui a sensiblement modifié la trajectoire de cet artisan de l’animation.
Avant de devenir une marque esthétique et de fabrique, le papier découpé utilisé dans une bonne partie de son oeuvre était un choix… purement économique. Michel Ocelot ne cède rien, dans son travail, à l’utilité commerciale, « mettant ses tripes et le temps qu’il faut » dans chaque film.

Une forme de radicalité qui sert à chaque fois les contrastes humains comme ses combats du moment. « Dilili à Paris » en est une parfaite illustration, qui mène une jeune Kanake au sein d’une enquête, dans le Paris de la Belle Époque. Un nouveau conte pour petits. Et grands.

8, c’est le nombre de longs-métrages d’animation réalisés par Michel Ocelot.

Ils font rayonner l'Anjou

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