Yvann Alexandre, la danse en transmission

    Chorégraphe de danse contemporaine œuvrant en Maine-et-Loire depuis une quinzaine d’années, Yvann Alexandre place depuis toujours la pédagogie au cœur de son travail.

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      Le professeur de danse de l’amicale laïque a laissé ouvertes les portes de la vieille salle des fêtes. Nous sommes au début des années 1980 à Bourg-sous-la-Roche, près de La Roche-sur-Yon, en Vendée. Le petit Yvann Alexandre, cinq ans, habite le lotissement voisin et pédale sur son vélo ce jour-là lorsqu’il entraperçoit le cours en train d’être donné.
      « Cela a été la première porte sur la créativité, sur un espace d’imagination et d’action. » Huit ans plus tard, il quitte le domicile familial et rejoint le conservatoire de La Rochelle à treize ans, avant d’intégrer l’école Epsedanse de Montpellier.

      Directeur de compagnie à 16 ans

      « Quand je suis arrivé à Montpellier, j’avais décidé que je ne serais pas danseur mais chorégraphe. » Car Yvann Alexandre ne prend pas de plaisir à danser. Enfin… « J’aime danser en studio ou quand je suis en atelier ou en club. Mais je n’ai pas de plaisir à danser sur scène. » En 1993, le jeune homme crée donc sa compagnie : il a 16 ans et se nourrit des enseignements qu’il reçoit de danseurs et de chorégraphes « exceptionnels », qu’il appelle « passeurs de danse ».

      Dès lors, Yvann Alexandre construit une œuvre marquée par l’écriture du mouvement. « J’ai l’impression de toujours parfaire ce que j’ai commencé », avoue-t-il. Ses pièces sont traversées de problématiques récurrentes : l’intime, la faille, la calligraphie, l’amour… mais aussi la solitude, fil rouge de son travail.

      La pédagogie est la matrice de ma création.

      « La solitude, c’est pouvoir se trouver soi-même. Mais c’est aussi un endroit qui nous oblige à aller chercher l’autre, sinon c’est dévastateur. »

      « Laboratoires de vie »

      Alors, comme pour endiguer cette solitude dévastatrice, Yvann Alexandre a, depuis ses débuts, placé la transmission et la pédagogie au cœur de son travail. Un « cœur battant » qu’il mime de ses mains graciles. « La pédagogie est la matrice de ma création, confie-t-il. Lorsque l’on est créateur, on est concentré sur son propre discours. La pédagogie, c’est le temps de l’autre. Cela m’emmène ailleurs. » Dans ces ateliers de transmission, qu’Yvann Alexandre surnomme poétiquement « laboratoires de vie », le chorégraphe mêle tous les publics. C’est le cas du « Laboratoire rayonnant », qui réunit étudiants et personnels de l’Université d’Angers, danseurs professionnels et amateurs éclairés, ou de « Classes en création », destiné à plusieurs établissements de Maine-et-Loire (voir encadré).

      Car c’est dans le département qu’Yvann Alexandre « parfait » son œuvre depuis une petite quinzaine d’années. Il est entré en Maine-et-Loire par la porte choletaise et est, depuis trois saisons et jusqu’à fin juin, invité au THV de Saint-Barthélemy d’Anjou en tant qu’artiste en compagnonnage, avec le soutien du Département. Il y a créé sa pièce « Bleu. » cette année. « Il y a en Maine-et-Loire quelque chose de magique et de respirant, avec beaucoup de forces vives. Mais c’est en même temps un territoire qui exige un effort, un ancrage. » Un autre laboratoire pour notre passeur.

      Classes en création

      Parmi les projets de transmission menés par Yvann Alexandre, « Classes en création » invitent des élèves des collèges de Saint-Barthélemy-d'Anjou, de Durtal, de Seiches-sur-le Loir et du lycée Mounier d’Angers à s’emparer des deux dernières œuvres du chorégraphe, le temps d’une saison, et à les réinterpréter à l’issue de celle-ci, « afin d’expérimenter le métier d'interprète et la prise de parole artistique ».