Jean-Brieuc Chevalier, le bois cousu main

Bertrand Béchard
  • Portrait

Installé à Angers depuis 15 ans, l’ébéniste Jean-Brieuc Chevalier est lauréat du prestigieux prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main et travaille notamment sur le prochain Orient-Express, avec ses broderies sur bois.

Temps de lecture :  min.

« C’est quelque chose qui vient de moi. »

La formule est aussi authentique qu’un bois brut. À quelques pas de l’atelier qu’il a installé dans La Doutre, à Angers, en 2012, Jean-Brieuc Chevalier n’a plus l’intention de se fondre dans le décor. Et ce serait peine perdue. Depuis l’automne dernier, l’ébéniste est Talent d’exception du prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main : en clair, la Palme d’Or des Métiers d’art… Son œuvre ? Une broderie sur bois, dont l’artisan est un pionnier.

« Je ne me suis pas posé un matin en me disant, qu’est-ce que je peux faire de cool ? La broderie, c’est universel. C’est mon goût. »

Un goût dans l’air du temps, puisqu’il conduit l’artisan à travailler pour des marques aussi prestigieuses que Louis Vuitton, Cartier ou L’Orient-Express. Un goût affiné depuis la fin des années 2000, au sein du lycée professionnel Charles-Cros, devenu Raphaël-Elize depuis, à Sablé-sur-Sarthe. Un « moment fondateur » à plus d’un titre. Car s’il avoue ne pouvoir « être à une meilleure place qu’aujourd’hui ».

Jean-Brieuc Chevalier n’a pas connu un parcours et une ascension linéaires. « L’enfance, c’était assez dur », résume-t-il. Dernier d’une fratrie de… six sœurs en Bretagne, le gamin grandit dans un univers violent, où le drame n’est jamais loin. Côté scolaire, il redouble son CM2, loupe son bac S et rate sa première année de fac en physique-chimie. « Je voulais faire de la mode mais je ne voulais pas être l’archétype de l’homosexuel qui aime ça », se souvient-il. Alors il choisit « un métier plus masculin, plus hostile » : l’ébénisterie. CAP, brevet puis diplôme des métiers d’art, le jeune Breton excelle, se révèle et s’assume, sur les plans professionnel et intime.

« Un passage de l’ombre à la lumière. »

Plus que doué dans son artisanat, il ne trouve pourtant pas de travail à sa sortie d’études et décide de créer son atelier à Angers, la ville où son mari est installé.

« J’ai un profond attachement au département, c’est là où je me suis reconstruit en tant qu’homme. »

Et il y trouve aussi une partie de son inspiration. Notamment du côté de Jean Lurçat, dont il a appris « à aimer le détail, les ombres. » Une obsession qui pourrait bien l’amener à conquérir le marché américain, dans les prochaines années. Du cousu main.

5 dates clés

  • 1985 : naissance à Tréguier (Côtes-d'Armor).
  • 2007 : début de son CAP ébénisterie.
  • 2012 : ouverture de son atelier à Angers.
  • 2021 : rencontre avec l'architecte designer pour l'Orient Express, Maxime d'Angeac.
  • 2025 : talent d'exception, prix Liliane Bettencourt pour l'intelligence de la main.

Une oeuvre hommage récompensée

L’oeuvre récompensée par la Fondation Bettencourt- Schueller, Mille Fleurs, est un hommage aux tapisseries éponymes, découvertes lors d’une visite au château-musée de Villevêque. Jean-Brieuc Chevalier l’a conçue dans son atelier historique de La Doutre, où il travaille avec une dizaine de collaborateurs. Près de 15 ans après son installation dans ce quartier historique d’Angers, un déménagement de l’activité dans la zone d’activités de Beaucouzé est en cours.

Tous les portraits

Retour à la liste des actualités